• Fin de manif. Où il est question de fierté.

    Boulevard Henri-IV se trouve une caserne de gardes républicains à cheval. Au-dessus d'un mur d'enceinte, dans l'alignement des fenêtres, sur les rampes d'escalier de bois, s'agglomèrent des gardes municipaux, képi en tête, le sourire aux lèvres, l'air goguenard.

    Cette scandaleuse attitude soulève l'indignation générale. Des protestations énergiques s'élèvent de toutes parts ; on crie : "Képi bas !" et des éclairs de colère traversent tous les yeux. Les municipaux essaient un moment de garder leur allure provocatrice, mais les clameurs de la foule deviennent si impérieuses, qu'ils se découvrent enfin un à un ou se dissimulent derrière l'embrassure des fenêtres.

    Le Cri du Peuple, février 1885 (C'était le jour de l'enterrement de Jules Vallès, au passage du cortège funèbre. Le jour où pour la première fois depuis la répression de la Commune de Paris, quatre drapeaux rouges et un drapeau noir ont défilé dans Paris et je l'ai trouvé là, page 70)

    Et ce texte je le mets en écho à ce retour de manifestation samedi 6 novembre :

    Il y a deux ans j'étais restée sur le cul quand des CRS nous obligeaient à retirer nos autocollants en quittant la manif. Jamais je n'avais vu cela.

    Et puis j'ai reçu et diffusé cette réponse du Préfet à une manifestante qui se plaignait du comportement des policiers. Et oui, j'avais bien raison d'être sur le cul...

    Et voilà que ce soir, à l'issue d'une manif bien gentille ils ont remis le couvert... Et je te fais chier, et j'abuse de mon pouvoir et je fais monter la pression...

    Arrivés assez tôt on passe le barrage de CRS pour quitter la place de la Nation sans encombre, nos autocollants bien collés malgré la pluie.

    Mais quand les manifestants se firent plus nombreux à quitter la place pour bien gentiment s'envoyer une bière ou un chocolat chaud ou aller prendre le métro, nos musclors se sont sentis investis d'une mission : tu ne quitteras pas la place avec un signe distinctif d'appartenance à la manif.... Banderole roulée, refoulé…  Autocollant, tu l'arraches....

    On aurait pu imaginer que leur mission aurait été une dispersion rapide et fluide... que nenni !

    Et seule une dame aux cheveux blancs leur a tenu tête. « Ne vous laissez pas faire ! » qu'elle s'indignait, «  Mais qu'est-ce que vous avez à tous obéir ? ».

    Une jeune femme aussi, sommée de retirer son autocollant l'a aussitôt collé dans le dos du CRS qui a eu un geste vers sa matraque et un regard noir, très noir... mais il a peut-être compris qu'un coup de matraque serait disproportionné car on le regardait....  Mais ce fut à deux doigts.

    Merci à vous deux, inconnues, pour qui résister a du sens. Pour qui résister ne se réfléchit pas toujours mais se vit dans l'instant, comme une nécessité, comme un impossible vivre autrement. 

    Décoller son autocollant oblige à baisser les yeux.

    Et puis est arrivé ce jeune homme, vingt ans à tout casser, le brassard de son syndicat bien ajusté sur sa veste de cuir, les cheveux longs, le regard droit, fier ou peut-être juste insouciant, juste sûr de lui, de son bon droit. Content d'être là...  Et il passe entre deux CRS sans leur accorder un regard.

    Et il passe le barrage sans entrave. Ils n'ont pas vu son brassard FSE ou bien son attitude, son regard droit, son sourire aux lèvres ?

    Alors il faut savoir que non, ils n'ont absolument pas le droit de nous faire enlever nos autocollants, de nous refouler avec nos banderoles....

    C'est la première manif contre la réforme des retraites où je vois la chose se produire, courante au moment de la mobilisation des universités.

    Signe que quand on ne leur fait pas peur ils nous prennent pour des moutons.

    Ben non ! La prochaine fois on pourrait leur montrer....

     

    Le site du syndicat de la magistrature, pour connaître nos droits de manifestants.


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  • Commentaires

    1
    J.
    Jeudi 11 Novembre 2010 à 11:03
    Ces gens-là mentent.

    Il nous est arrivé exactement la même histoire lors d'une autre manif : celle devant le Sénat.

    A moins de penser que tous les CRS sont clonés (quoique...) ils nous ont demandé la même chose, à savoir enlever nos autocollants syndicaux avant de sortir de la manif.
    Résultat : on a regagné Jussieu badgés comme des panneaux publicitaires.

    Ca peut paraître anodin mais ça ne l'est pas

    Ces gens-là veulent plus que notre reddition, ils ne récolteront que notre révolte.
    Jacques
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